Le chemin de Zaccaria 8

 Le chemin de Zaccaria 8





En face de la porte qui menait chez ma grand-mère, il y avait un escalier qui descendait au sous-sol. C'était un escalier qui descendait vers le jardin d'hiver qui était illuminé d'une baie vitrée ouverte sur une grande terrasse où ma sœur et moi quelques années plus tard, nous avions commencé un chantier de dallage du sol sous la surveillance de notre père qui contrôlait notre ouvrage tous les soirs lorsqu'il revenait du travail.

L'escalier de conception moderne pour l’époque avait été pensé et réalisé par notre père. Il était léger et aérien, sans protection latérale ni garde-corps. Les marches étaient de simples grosses planches de bois recouvertes d'un matériel plastifié antidérapant, elles s'adossaient à la structure centrale comme suspendues dans le vide. Malgré cela nous dévalions allégrement ses marches sans nous préoccuper du danger. Peut-être n'existait-il pas, puisque  nous ne le voyions pas !


Les chambres étaient en bas et leur fenêtre donnaient sur la terrasse couverte. D'en haut de l'escalier j'avais souvent la sensation de ne pas être seule. En particulier quand ma famille n'était pas là et que j'étais seule dans la maison. L'impression était tellement forte que je renonçais souvent à descendre.

En bas sous l'escalier il y avait un petit jardin d'hiver avec des plantes grasses, quelques rochers et des gravions. La porte de la chambre de nos parents était à droite et la notre à gauche presque en face de l'escalier.


La nuit, il était évident que nous n'étions pas seuls. Certaines nuits avec régularité, j'entendais clairement le bruit des chaises que l'on poussait dans la salle à manger au dessus ; des pas des personnes qui s’asseyaient ou se levaient. Parfois quelqu'un se  hasardait à descendre l'escalier, mais là je l'attendais de pieds ferme car avec ma sœur nous pouvions nous transformer en guerrières. Et puis dans l'autre chambre dormaient nos parents, en particulier notre père avec son fusil et ses deux pistolets.


Les bruits de ces réunions nocturnes se prolongeaient, puis tout s'éteignait dans le silence de la nuit et je pouvais m'endormir.

Allongée au creux de mon lit, je leur disaient parfois mentalement d’arrêter tout ce bruit et d'organiser leur réunion ailleurs. Un jour avec courage je les ai chassés, en les menaçant de je ne sais plus quoi. A ma grande surprise, ils ont cessé leur pseudo réunion et sont partis, laissant place, au calme de la nuit.


Pour trouver le courage dont j'avais besoin, j'étais aller me promener sur les quais, au bord de Seine, où se trouve tous les bouquinistes. En chinant sur les berges, j'avais trouvé une vieille affiche de film. Elle avait attiré immédiatement mon regard : deux énormes yeux rouges perçaient une nuit sans étoiles où un train jaillissait du néant en arrachant l'angle gauche du dessin. C'était exactement ce dont j'avais besoin.

J'avais placé l'affiche au plafond de ma chambre, avec du scotch je l'avais attachée au dessus de mon lit, Le défis consistait à la fixer le plus longtemps possible pour arracher la peur de mon cœur et de mes entrailles.

Les premiers temps, le défit m'avait semblé trop fort, mais une force surprenante me poussait à continuer mes entraînements. Rapidement je découvrais combien mes capacité était plus étendues que je ne le pensais. J'étais bientôt capable de fixer ses grands yeux rouges sans ressentir aucune peur, bien au contraire, ils commençaient à me charger d'une force nouvelle, je sentais naître en moi une dimension inconnue.


C'est dans cette nouvelle dimension, que j'avais réussi à chasser les présences qui se réunissaient régulièrement chez nous, la nuit autour de la grande table de la salle à manger.


A cette époque j'avais souvent des perceptions particulières du monde qui nous entoure. Je me rappelle un matin en particulier. Nous étions au lit, c'était un dimanche.

J'ouvre les yeux et je vois les rayons du soleil qui en traversant les voilages viennent illuminer une grandes partie de la chambre. La perception d'une lumière chaude et blanche est merveilleuse. Une clarté comme celle-là était rare car notre chambre était au fond de la terrasse couverte. Mais parfois les rayons du soleil réussissaient à percer en filtrant à travers les rideaux entrouverts.

Je profitais de ce bains de soleil inattendu qui remplissait mon cœur d'une grande joie. La beauté de la vie pénétrait dans les profondeurs de mon âme, comme l'amour pénètre dans nos cœur. Puis je me rendormais. Je me suis réveillée un peu tard ce jour là, Alice était déjà levée. Je me lève moi aussi, je m'habille, je monte les escaliers pour aller vers la cuisine. À l'étage l'escalier donne sur une grande salle bordée de baies vitrées où la lumière peut explorer délicieusement tous les angles et les recoins de la salle qui s'ouvre sur des claustras vers la cuisine.Je me rends compte que tout est sombre et triste. Le ciel est bas et les nuages sont chargés de pluie. Je demande à ma mère comment le temps avaient changé aussi rapidement ce matin là. Elle me répondit qu'il avait plu toute la nuit, le matin la pluie avait cessé mais le ciel était couvert toute la matinée.


Je lui répondis que c'était impossible, j'avais vu le soleil à travers les rideaux et toute notre chambre avait été délicieusement illuminée. Elle me sourit doucement, comme elle savait si bien le faire, en inclinant légèrement la tête d'un petit mouvement rapide de gauche à droite. Puis repris la préparation du repas.


Je m’asseyais à ma place à la grande table au milieu de la pièce, en face des baies vitrées. Je buvais mon thé en contemplant la pluie qui tombait légère jusqu'à l'horizon vers Paris, sur la tour-Eiffel et le sacré-cœur.


Je ne comprenais pas ce qui s'était passé, mais je l'acceptais avec facilité, comme si une logique qu'il ne m'était pas donnée de comprendre alors, me poussait à percevoir ces événements comme une réalité parallèle.

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